Le grimoire rouge était ouvert

Le grimoire rouge était ouvert. La bougie luminait. Les bois tout autour les observaient. L’alcôve phosphorait, peu d’humains le savaient. Le jardin, le hameau, les environs n’en laissaient rien paraître à qui l’ignorait. Ici, point d’hologramme, point de capteur d’effet kirlian.
La fée du lieu, profitant des quelques instants sans présence humaine, animait son capteur de rêve, version créateur d’immanences.
Les bois de l’alcôve, complices, resserraient leurs flancs pour éviter toute fuite de magie vers de mauvais esprits, et se tenaient prêts à bruiter-craquer à la moindre alerte.
La bougie, généreuse et confiante en ces circonstances propices, fondait en généreuse lumière créatrice pour sa fée bien aimée.
Le grimoire, enivré de ces brillances, tellement ému, tout ouvert aux mystères, mutait ; insensiblement il passait du rouge au vert, oui, cette fois encore il vivait l’extase si rare, et trop souvent fugace : le grimoire rouge était tout vert ! Vert d’enfer. Vert de gris. Verre pas laid. Vert t’y go ! Vert épanoui. Vert réjoui, vert qui jouit… vers, vers… vers où vais-je ? L’ivresse me perd…
Voilà que les bois craquent, ça sent l’humain qui vient, ayons l’air de rien, rien qu’un grimoir rouge, pas vert, ouvert, une bougie l’éclairant, sans féerie.
Apparences, car, pourtant, je le sais : la fée rit !


JEAN-PIERRE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *